Jiga

Flowering jiga bush

Jiga (Maerua crassifolia, Capparaceae)

 

Il est difficile de trouver une plante plus résiliente dans le Sahel. Cet arbre de la famille des Capparaceae pousse de la bande sud du Sahel jusqu'à dans les coins reculés du désert comme le Kawar, le Djado et le Fezzan en sud Libye.1 Dans sa saison de fructification en avril2, elle se fait très populaire chez les oiseaux qui viennent sucer le jus sucré de ses gousses. Ce qui est particulièrement intéressant, est que cet arbre a un feuillage très abondant. Ces feuilles sont une des principales sources d'alimentation aux chèvres et aux chameaux. Mais plus important, elles constituent un aliment riche à l'être humain aussi. Souffrant d'un goût piquant et amer au début, probablement provoqué par des glucosinulates, elles deviennent complètement comestibles une fois désamertumés par cuisson ou par des bains d'eau tiède. Elles s'utilisent régulièrement comme principal ingrédient de la sauce dans plusieurs communautés sahéliennes, telles que chez les sédentaires du département de Tanout et de l'entourage de la chaîne montagneuse du Koutouss à Gouré. Par tradition, elles faisaient aussi partie de l'alimentation quotidienne des Touaregs des montagnes de l'Aïr, qui mangeaient les feuilles écrasées de M. crassifolia dans du lait de chèvre.3 Nutritivement, les apports de ses feuilles sont pertinents: riches en protéines à hauteur de 15,5 % et contenant un bon taux des huit acides aminés essentiels, accompagnés par des bon taux de fer, calcium, magnésium et sélénium, les feuilles du M. crassifolia se comparent très bien aux feuilles du Moringa oleifera ubiquitairement louées pour leur riche nutrition.4 Mais mieux que le Moringa, cette plante peut s'épanouir dans presque toutes les contrées arides du Sahel jusqu'à la limite pluviométrique de 100 mm par an sans exiger une irrigation quelconque. Pour la sécurité alimentaire, il est difficile de trouver mieux que ça.

 

1Harouna Souleymane, 2014. Personal communication.

2Renate Garvi-Bode, 2014. Photo documentation.

3Spittler, G. 1983. Les Touaregs face aux sécheresses et aux famines : Les Kelewey de l'Aïr, Niger (1900-1985). Karthala, Paris.

4Freiberger CE, Vanderjagt DJ, Pastuszyn A, Glew RS, Mounkaila G, Millson M, Glew RH 1998. Nutrient content of the edible leaves of seven wild plants from Niger. Plant Foods Hum Nutr. 53:57-69.